affiche-cocoAh le Festival de Cannes… ses paillettes, ses stars arpentant le tapis rouge, ses marches mythiques… Y a t-il une période plus propice pour parler cinéma et plus précisément affiches de cinéma?

Vous en avez sans doute entendu parler, Metrobus, régie publicitaire de la RATP, a censuré l’affiche du biopic « Coco avant Chanel » sur laquelle Audrey Tautou, l’interprète de Gabrielle Bonheur, a dans la main, accrochez-vous bien, une cigarette !!!

Résultat : Les 1100 affiches prévues ont été remplacées par d’autres, plus politiquement correctes.

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Cela n’est pas sans rappeler la récente substitution de la pipe de M. Hulot, célèbre personnage de Jacques Tati, par une petite girouette jaune.
Pour quelle raison me direz-vous ? Tout simplement car pour la RATP, ces 2 affiches sont contraires à la loi Evin.
«Nous sommes dans des lieux qui sont des services publics, où nous devons respecter la loi», a précisé Metrobus.

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Un petit rappel s’impose :

La loi du 10 janvier 1991 (dite loi Evin) interdit « toute propagande ou publicité, directe ou indirecte, en faveur du tabac ou des produits du       tabac ». L’article 3 précise que « toute publicité en faveur d’un organisme, d’un service, d’une activité, d’un produit ou d’un article » est considérée comme propagande ou publicité indirecte dès lors qu’elle « rappelle le tabac » par « son graphisme, sa présentation, l’utilisation d’une marque, d’un emblème publicitaire ou de tout autre signe distinctif »

Ces 2 cas ne sont pas isolés puisque déjà en 1996, un timbre représentant André Malraux la cigarette au bec avait été retouché par la Poste. En 2005, c’est Jean-Paul Sartre qui avait été privé de son mégot, sur les affiches utilisées pour l’exposition éponyme de la Bibliothèque Nationale Française. De même, Lucky Luke, en 1983, a vu sa cigarette disparaître au profit d’une brindille.

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Face à ce tollé, le ministre de la Santé Roselyne Bachelot a lancé la semaine dernière : «Ah non, moi, je ne suis pas pour enlever la pipe à Jacques Tati !»
En outre, son prédécesseur, Claude Evin lui-même, a jugé la suppression de la pipe «ridicule». «On n’est pas dans cette situation de publicité indirecte, il s’agit d’un patrimoine culturel qui s’inscrit dans notre culture cinématographique», a-t-il argumenté en précisant que cette «polémique» risquait d’affaiblir «le message de la lutte contre le tabagisme».

Interdire Mlle Coco de cigarette, c’est établir la confusion entre image publicitaire (destinée à vendre un produit ou une marque) et image publique (œuvre d’art destinée à représenter un concept, une histoire, un personnage…).
«Le seul lien pouvant exister avec la publicité est l’approche stratégique et marketing encadrant la sortie du film », indique Laurent Zahut, président fondateur de l’agence Terre neuve.

Cette question est très bien développée dans un article paru récemment sur le blog philosophies de Libération.
« L’image publique est le reflet de celui qu’elle représente ; l’image publicitaire est le reflet de celui pour qui elle est faite. La première est fidèle au sujet, la seconde est en adéquation avec un idéal initié par une vision économique du monde. De fait, effacer la cigarette de Malraux revient à considérer que toute représentation, dès lors qu’elle est placardée au vu de tous, doit être évaluée non en fonction de la fidélité à un modèle au sens pictural du terme, mais en fonction de la fidélité à un modèle, au sens cette fois idéologique du terme. L’individu est jugé apte à être représenté, selon qu’il est en conformité ou non avec ce que permet la société ou ce à quoi elle aspire. La réalité de l’être est balayée, si elle n’est pas ce qu’on attend d’un être ; et nous entrons alors dans une zone fasciste, où le corps et le comportement de chacun se doivent d’exprimer une vérité « bonne à dire ».

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Didier Bourdon, philosophe reconnu, a dit : « le tabac, c’est tabou, on en viendra tous à bout ». La Ratp suit cette doctrine à la lettre, mais peut-être un peu trop.
Ainsi, Jean-Pierre Teyssier, président de l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, plaide pour un assouplissement de la loi en insistant sur le fait que quand une personne a joué un rôle culturel important et que la cigarette ou la pipe est un attribut inséparable de sa personnalité, il pourrait y avoir une exception, d’autant plus si l’annonceur n’a aucun rapport avec l’industrie du tabac.

À la veille des sorties des films « Serge
Gainsbourg, vie héroïque» de Joann Sfar et  «Sherlock Holmes» de Guy Ritchie, personnages aussi indissociables de leurs gitanes et pipe que Cousteau de son bonnet et Laurel de Hardy, on peut se demander si la Ratp récidivera.
Dans la lignée de la girouette de M. Hulot, on pourra peut-être observer dans le métro parisien un Gainsbar, sucette dans la bouche, sirotant de la grenadine…

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